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Les animaux de ferme en ville : pour quoi faire ?



L’EnvA*, Enlarge your Paris et la Métropole du Grand Paris proposaient une soirée consacrée aux animaux de ferme en ville, le 10 avril 2019, à l’École vétérinaire d’Alfort, dans le cadre des Rencontres agricoles du Grand Paris. Paroles d'experts.

 

Les animaux d’élevage et de production réapparaissent dans les métropoles françaises. Particuliers, associations, entreprises et collectivités organisent de plus en plus souvent l’installation de ruches, de moutons - souvent appelés «tondeuses vertes» - et d’animaux de basse-cour. Comment penser ce «retour» ?

Quelles conséquences sanitaires, normatives, implique-t-il ? Les différents acteurs déployant des «fermes urbaines» avec des animaux sont-ils formés ? Voit-on vraiment apparaitre de nouveaux métiers, autour notamment du pastoralisme urbain ? Les animaux peuvent-ils recomposer le paysage urbain ? Qu’en pense le monde agricole ?

Autant de questions qui ont été posées à l’École nationale vétérinaire d’Alfort (EnvA) à l’occasion d'une conférence organisée dans le cadre des Rencontres agricoles du Grand Paris proposées par Enlarge your Paris et la Métropole du Grand Paris.

 

Baisse de 22 % du nombre d'oiseaux en ville depuis 2002

 

 

 

Marc Barra, écologue de l'agence régionale de la biodiversité, dresse d'emblée le tableau. "On constate une diminution de 80% du nombre d'insectes dans le milieu agricole en 30 ans. En ville, c'est une baisse de 33% du nombre de papillons depuis 2006 et 22% d'oiseaux depuis 2002.

Pour ce qui est des hirondelles de fenêtres, la baisse est de 64%", détaille-t-il en mettant en cause l'architecture "lisse" des nouveaux bâtiments". Dans tout cela, on constate une hausse spectaculaire, +92%, de la richesse végétale en ville, du fait de l'interdiction des pesticides dans les collectivités en 2017 et pour les particuliers en 2019. La question de la nature en ville est essentielle selon le spécialiste au micro. "Elle joue un rôle de climatiseur, elle permet aussi de traiter naturellement les eaux de pluie".

 

Montons franciliens : 1 % du cheptel national

 

Côté élevage, Yves Millemann, chef du département des productions animales et de santé publique de l'EnvA, pointe un accroissement de l'agriculture biologique en Île-de-France et l'existence de deux marques régionales créées pour valoriser le "localisme", le fait de produire localement. Si la région parisienne ne compte que 29 000 bovins sur les 19 millions en France, les cheptels de plus grande envergure se trouvent dans des régions voisines. Les moutons franciliens représentent 1% du cheptel national avec une cinquantaine d'élevages ovins professionnels. "Donc il y a encore des élevages et des animaux de ferme en Île-de-France dans des situations variées : élevage et production, éco-paturage, ferme pédagogique, nouveaux animaux de compagnie, L'enjeu, c'est l'alimentation, la surface, le risque sanitaire, le recensement, le risque de mauvaise utilisation des médicaments vétérinaires", pointe le Pr Millemann.

 

Ruches, petits ruminants et volaille

 

Car il y a bien une augmentation du nombre d'animaux de ferme en ville : des détenteurs de ruches, de petits ruminants ou de volaille. Cela pose la question de la place du vétérinaire face à ce phénomène social. Claire Beauvais, docteur vétérinaire, présidente du Groupement technique vétérinaire d'Île-de-France, insiste sur ce rôle fondamental. "GTV forme de nombreux vétérinaires sur ces questions, les vétérinaires nous demandent cette formation et cette remise à niveau, notamment à Paris." Posséder un animal de ferme en ville, "cela pose aussi la question du bien-être des animaux : parfois, ils sont mal nourris, mal logés. Le vétérinaire reste une référence et doit donc pouvoir répondre à cette demande", conclut-elle.

 

Relation homme-animal

 

Entre définition et différenciation des "éco-paturages" et "éco-pastoralismes", avec une préférence partagée pour le terme "paturage urbain", et portrait robot des "jardiniers bergers" et une forme de précarité de l'emploi, les spécialistes posent aussi la question de "la mort de l'animal en ville" tandis que d'autres évoquent finalement une simple "image de la campagne en ville, sans véritable rapport avec l'élevage." Plus philosophique, l'ancienne éleveuse, aujourd'hui directrice de recherche à l'INRA, Jocelyne Porcher, donne son point de vue sur la relation homme-animal en tant que relation de travail. "La question du travail est centrale, on travaille avec les animaux pour vivre avec eux. Pour cela, il faut que les animaux permettent un revenu". Et d'affirmer "Oui, les bergers urbains font de l'élevage (...) Ce qu'il faut penser, c'est la condition de la vie au travail, pour les animaux et les humains".

 

* L'Ecole vétérinaire d'Alfort  (EnvA) a accueilli également  le 10 juillet 2019, une étape de la tranhumance organisée par Enlarge Your Paris et l'association Clinamen, association paysanne qui défend la qualité de l'alimentation et les pratiques d'élevages dignes.

 

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