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Le Puy-Sainte-Réparade : les Jardins de paradis victimes d'une attaque aux pesticides

 Sous les serres débâchées, car lacérées, les tomates, poivrons, aubergines ou encore courgettes ont brûlé sur pied (DR)


Les cultures maraichères en bio de la famille Arlaud ont été souillées par des produits chimiques. Les légumes doivent être arrachés. Article de Aurélie Biagini, paru dans La Provence le 16 juillet 2020. Une collecte été lancée sur Miimosa

 

Les mots manquent cruellement pour décrire l'impensable. Installés depuis quinze ans sur la commune du Puy-Sainte-Réparade, Tristan et Oriane Arlaud ont essuyé nombre d'intimidations et de dégâts dans leurs cultures... Mais les derniers incidents en date dépassent tout ce qu'ils pouvaient imaginer.

Après avoir sauvé in extremis l'un de ses champs - planté de melons et pastèques - d'une inondation le 5 juillet en alertant les autorités des arrosants du canal, Tristan Arlaud a découvert une autre partie de son exploitation saccagée le lendemain. Des tunnels entiers de serres ont été lacérés. Les Jardins de Paradis ont ensuite basculé en enfer lorsque le couple, travaillant sous certification bio, a découvert en fin de semaine dernière que ses cultures avaient été aspergées de produit chimique. Tomates, aubergines, poivrons, courgettes... tout est brûlé sur pied. Et le système d'irrigation a été détérioré.

 

Des analyses en cours


Le pire pour Oriane, au-delà des pertes de productions, est de penser que pendant une semaine elle a vendu sa production sans savoir qu'elle était polluée. Une situation qui l'a rendue malade : "Je suis restée de longues minutes assises sans pouvoir bouger. C'est juste de la méchanceté à ce niveau-là. Et on ne sait pas jusqu'où ça peut aller. Ce sera quoi la prochaine étape ?" s'inquiète-t-elle.

Une plainte a depuis été déposée auprès de la gendarmerie de Venelles, mais aucune information ne filtre à ce stade de l'enquête. "Vous imaginez en fonction du produit utilisé de l'impact sur la santé des consommateurs ?" déplore Tristan qui dénonce par ailleurs "l'immobilisme des pouvoirs publics face à de tels agissements".

De son côté, le maire Jean-David Ciot, expliquant avoir eu vent de l'affaire via les réseaux sociaux, a transmis le message à ses agents de la police municipale. "Je ne peux que condamner tous ces actes de vandalisme et ces menaces quels que soient les auteurs. Mais je n'entrerai pas dans une polémique qui relève du privé. J'en appelle à la raison de chacun", énonçait-il sans entrer davantage dans les détails d'une affaire dont beaucoup semblent pourtant connaître les auteurs... "Ce sont les cultures importantes qui ont été touchées. Pas celles qui sont en fin de vie. Le ou les auteurs savent où taper. Il faut être du métier", suppose l'agriculteur.

 

 

Une action collective ?


La famille Arlaud, qui a contacté l'organisme certificateur pour les productions bio, attend le résultat des analyses pratiquées sur ses champs touchés par cette substance chimique qui a mis à sac des mois de travail. "En fonction, cela peut impacter notre agrément pour ces parcelles. Et donc nous obliger à repartir pour trois années en reconversion", détaille Oriane. Dans la boutique de producteurs installée à Saint-Canadet, elle revend donc les produits des autres agriculteurs avec qui ils sont associés au coeur de leur association. Quant aux familles adhérentes à la structure collaborative (184 actuellement) l'émoi était grand. "On se pose la question d'une action collective pour soutenir Tristan et Oriane. Si nous adhérons à l'association, au-delà de l'achat de produits frais, sains et locaux, c'est pour des valeurs. Celles d'une production respectueuse de la nature, vertueuse... Ce qui vient d'arriver est criminel", décrit Armand, adhérent qui vient de prendre attache auprès d'un avocat pour étudier la situation.

 

Une souscription pourrait être lancée prochainement pour soutenir les producteurs qui vont également devoir essuyer une perte conséquente de leur chiffre d'affaires
 

"Ça fait trente ans que je connais Tristan. Que je l'ai vu grandir et construire ce projet. C'est tout simplement inqualifiable et déchirant", témoigne Daniel, autre fidèle de l'exploitation. Loin de baisser les bras, malgré ce nouveau coup dur, Oriane et Tristan ont installé des caméras sur leur exploitation. "Mais comment couvrir 20 hectares de terrain ? Quand bien même, le flagrant délit est quasiment impossible dans ces conditions..." concluent-ils, espérant que face à ce champ de bataille, les autorités réagissent rapidement.

 

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