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Etude au Québec : place du potager, dans un contexte de crise ou pandémie


Le Laboratoire sur l’agriculture urbaine, qui mène de nombreux projets sur l’importance et les impacts de l’agriculture urbaine sociale depuis plus de 12 ans, s’est intéressé au rôle que peut avoir le potager dans le cadre d’une crise sanitaire ou d’une pandémie. Une première approche a été réalisée à travers un sondage  diffusé de fin mars à début juin 2020.

 

 

On se demandait si la situation entourant la COVID19 avait incité les citoyens et citoyennes à partir un potager pour la production de légumes. Ce sondage a été effectué auprès de 1 000 personnes sur l’ensemble du Québec et sa marge d’erreur est de +/- 3,1 %, 19 fois sur 20. Une seconde approche plus qualitative se déroule à travers un questionnaire long diffusé par internet et accessible jusqu’à la fin juillet 2020.

Les résultats de ce sondage montrent que ce sont 43% des québécois et québécoise qui ont un potager chez eux ou dans un espace collectif, soit un pourcentage similaire aux autres sondages diffusé au Québec depuis 20111. Que 43% de la population d’une ville, d’une province jardinent semble être une relative constance dans les études2- 3- 4 sauf en temps de crise économique où les études montrent des pics à 50% et 60%.

 

S'occuper ou agrandir son propre potager

 

Donc si la COVID a eu un impact sur le nombre de personnes ayant un potager au Québec cela semble avoir eu un effet relativement marginal sur le fait d’en acquérir un. Il faut considérer que certaines personnes ont certainement aussi décidé de ne pas faire un potager ou de délaisser leur parcelle se situant dans un espace collectif, comme le jardin communautaire. Ces désistement équilibrant l’arrivé de nouveaux jardiniers. Par contre, sur les 43% qui disent avoir un potager, on dénote que la moitié (20%) ont été motivés pour démarrer cette année, avec la situation du COVID. Le sondage montre aussi qu’avec la situation sanitaire, 3% de la population a décidé d’agrandir leur potager.

Même si le nombre de personnes ayant un potager semble être stable, ce qui surprenant sachant que généralement les crises montrent un regain du potager et de l’agriculture urbaine5-6, le sondage nous donne quelques enseignements riches pour mieux comprendre la place du potager au Québec.

 

Les 18 à 34 ans les plus motivés

 

Le sondage montre que 35% des 18 à 34 ans ont décidé de démarrer un potager en lien avec la COVID19, ce qui est significativement supérieur à la population en général (20%). Ils étaient aussi nombreux ceux qui avaient moins tendance à avoir un potager l’an passsé (15% vs 20%). Ces résultats rejoignent ceux du sondage 2018 du National Gardening Association qui démontre que la croissance du nombre de jardiniers observée aux États-Unis est liée au 18-34 ans.

Les résultats de notre sondage montre que les personnes de 55 ans et plus sont 37% à avoir un potager, ce qui est similaire aux autres études réalisées par AU/LAB. Ainsi, le maintien à 43% de la population ayant un potager, malgré le nouvel engouement apparent des 18 à 34 ans, ne peut s’expliquer par le désistement d’un grand nombre de personnes de 55 ans et plus aux activités de jardinage de légumes.

 

Les familles souvent adeptes

 

Les familles de 4 personnes et plus ont statistiquement plus souvent un potager (52%). Ce sont aussi ces familles qui disent vouloir agrandir leur espace de production.

La présence d’enfant est ainsi un facteur, surtout si ceux-ci ont entre 13 à 17 ans. La présence d’enfants de moins de 12 ans est plutôt un effet négatif pour les familles qui disait vouloir démarrer un potager. A la lumière de ces données, on peut se demander si le potager devient pour celles-ci un moyen d’occupation autonome des enfants durant le confinement. Les résultats pourraient le suggérer

 

La population active, plus impliquée

 

La population active a plus tendance à vouloir commencer un potager, tandis que les retraités et la population non-active sont statistiquement plus présents dans la population ne voulant pas produire leurs légumes ou fruits ou ne désirant partir un potager en raison de la COVID. Pour les retraités, cela correspond avec l’observation que les personnes de 55 et + ont moins tendance à avoir un potager que la population québécoise en général.

Pour la population non active, on observe que les personnes ayant des revenus inférieurs à 20 000$ sont nettement plus présentes dans ceux qui n’ont pas de potager (74% de cette population contre 57% dans la population en général). Ceci s’explique par un accès difficile aux espaces de production (cours arrière), ce qui a été documenté dans d’autres études de AULAB. L’accès à l’espace est un élément crucial pour qu’une personne jardine.

 

Personnes au revenu moyen, les plus concernées

 

Si les personnes avec des revenus inférieurs à 20 000$ et 40 000$ sont statistiquement plus présent dans la population n’ayant pas de potager, ce ne sont pas ceux qui font plus de 60 000$ qui ont un potager ou pensaient en partir un, en lien avec la COVID19.

Ce sont les personnes ayant un revenu se situant entre 40 000$ et 60 000$ qui auraient plus tendance à partir un potager lors d’une crise sanitaire. Si on considère que ce sont des personnes actives avec des enfants, on peut imaginer que ce sont des personnes se situant dans la classe moyenne qui ont un potager ou qui ont parti un potager cette année.

Ce sont les premiers résultats et analyses de ce sondage. L'équipe de AULAB va poursuivre la recherche avec le questionnaire long, et va mettre en lien ses résultats avec ceux de d’autres sondages réalisés en 2019 dans le cadre du programme de recherche d’évaluation de l’agriculture urbaine comme infrastructure verte de résilience individuelle et collective face aux changements climatiques et sociaux.

Planifié sur trois ans (20176-2020), ce projet de recherche vise à outiller les acteurs sociaux québécois d’un guide d’évaluation sur les bénéfices de l’agriculture urbaine quant à l’insécurité alimentaire, la justice alimentaire et la résilience individuelle et collective pour l’alimentation. Ce projet est financé par Ouranos, l’Institut national de santé publique du Québec, le Fonds Vert du gouvernement du Québec.

 

Eric Duchemin, directeur scientifique et formation du Laboratoire sur l'agriculture urbaine (AULAB)
 
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