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Donner aux territoires les moyens de reconquérir notre souveraineté alimentaire

 


Jean-Pierre Raynaud, président de la Commission agriculture de Régions de France, et les élus régionaux en charge des questions agricoles et alimentaires, livrent leurs enseignements pour l’après Covid-19 (Tribune publiée le 3 juin 2020  dans La France Agricole )


"Le premier enseignement que nous pouvons tirer de la crise sanitaire est qu’il ne faut pas opposer les modèles agricoles et alimentaires, même s’ils doivent gagner en résilience et en durabilité. Alors que faire ? Raccourcir les chaînes d’approvisionnement alimentaire ? Oui, mais pas sans une réflexion au niveau régional sur le maillage et le dimensionnement des outils de transformation. Relocaliser certaines filières ou maillons de production ? D’accord, mais pas sans investissements importants dans les moyens de production et en soutenant la recherche et l’innovation. Développer la vente directe ? Oui, mais pas sans former les agriculteurs aux usages du numérique et sans garantir l’accès à internet dans tous les territoires ruraux. Favoriser le recours aux produits locaux dans la restauration collective ? Impossible sans faire sauter le verrou réglementaire qui l’interdit et sans mettre de l’ordre dans l’imbroglio des compétences administratives de l’État et des collectivités territoriales.

 

Dans l’urgence de la crise, les acteurs sont venus à nous pour parer aux situations des entreprises et des agriculteurs les plus en difficultés grâce à des dispositifs co-construits avec l’État, à des aides régionales conçues pour ne laisser aucun agriculteur, aucune TPE-PME agroalimentaire au bord de la route.

Là, le financement et la mise en place de plateformes internet, ici, le soutien à l’installation de points de vente éphémères, là encore la tenue de conférences régionales de filières pour affiner les impacts de la crise et définir les actions de court terme. Ici encore, le soutien de nos collectivités pour appeler les grandes surfaces à « jouer le jeu » de l’origine France et de l’origine locale.

 

En deuxième lieu, la crise a apporté la preuve que la décentralisation favorise l’agilité et l’innovation
 
 
 

Entre les crises, les collectivités accompagnent la structuration et le renforcement des écosystèmes territoriaux pour qu’ils résistent dans la durée, relèvent le défi du changement climatique et développent plus de valeur ajoutée. La décentralisation permet le décloisonnement des politiques publiques.

 

Dans le domaine agricole et alimentaire, c’est par exemple savoir relever le défi de la bioéconomie pour développer de nouvelles valeurs tout en répondant aux enjeux de la transition environnementale et de réindustrialisation de nos territoires. En matière d’alimentation, c’est bien au niveau local que les initiatives émergent ou se réalisent in fine : la Région doit les soutenir financièrement par des investissements (infrastructures de transformation et logistiques), les accompagner par des outils de partages de bonnes pratiques (observatoires régionaux et centres de ressources), par des outils supports (plateformes numériques…).

 

 

 

 
Le troisième enseignement majeur que nous tirons de cette crise sanitaire : priver les territoires de moyens, en cette période de reconquête de notre souveraineté alimentaire,
serait une grave erreur et obérerait totalement notre capacité collective à rebondir

 

Les enseignements de cette crise nous indiquent vers où mieux cibler les aides publiques, en particulier de la PAC et de son second pilier le Feader, pour les deux prochaines années. Les aides aux investissements, le renouvellement des générations d’agriculteurs et la coopération territoriale doivent être remontés au premier rang des priorités nationales alors même qu’elles sont aujourd’hui les plus sacrifiées.

 

Le report probable à 2023 de la future PAC et la mise en sommeil des discussions sur ses orientations ne doivent pas nous priver d’un vrai débat sur la redéfinition des priorités des deux prochaines années de transition".

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