Agri-city.info : le média des agricultures urbaines

Taille du texte: +
Favori 

Soigner au jardin : rencontre avec France Criou-Pringuey, médecin et paysagiste

Il est 8h30, Gare de Lyon. France Criou-Pringuey a passé le week-end avec les autres membres de la toute jeune Fédération Française Jardins Nature et Santé. Il y a beaucoup à faire pour fédérer les professionnels d’un secteur suscitant de plus en plus d’intérêt. Elle repart dans son village du Haut-pays de Grasse, à Escragnolles, d’où elle pilote ses activités de conseil, formation et conception de « Jardins de soin » et son Association française de Biophile et d’Ecothérapie.

 

Quand la médecine parle au paysagisme

 

France Criou-Pringuey a d’abord été médecin généraliste. Installée à Vences, dans les Alpes-Maritimes, elle assiste peu à peu à une mutation de la médecine, "de plus en plus technique et laissant moins de place aux relations humaines". C’est à 51 ans que cette mère de quatre enfants, passionnée de jardin et qui a "toujours eu une fibre nature" décide de laisser la main de son cabinet à ses confrères pour suivre une formation de paysagiste. Très vite, elle plonge dans les ouvrages s’intéressant aux « jardins thérapeutiques » et découvre les fondements scientifiques de la « biophilie » et des bienfaits de la nature sur la santé et le bien-être psychologique. En Juin 2010, sa participation au Symposium « Jardin et Santé » finit de la convaincre : elle allait allier ses deux passions et mettre ses compétences de médecin au service de la création de « jardins de soins ».

Elle trouve son premier terrain de jeu en 2013 au service psychiatrique du CHU de Nice, qui possède un jardin clos situé dans le cloître d’une ancienne abbaye. Tout en préparant un diplôme en phénoménologie psychiatrique, elle lance une enquête auprès des patients, de leurs familles et du personnel pour mieux appréhender les attentes et enjeux autour de ce jardin « pauvre et triste », planté de quelques arbres sur un gazon. Il s’avérait nécessaire de repenser la vocation et le potentiel de cet espace, dont certains n’avaient même pas conscience.

"On a revu toute la conception pour créer une partie jardin d’ornement et une partie potager. On a gardé les grands arbres, on a replanté des massifs, on a mis du BRF, le tout dans une optique de gestion écologique." En sept jours, le jardin fut transformé. Forte de sa première expérience, un second jardin thérapeutique voit le jour à Saint-Etienne, le « Jardin des Mélisses ». Il fut conçu de manière participative avec patients et soignants tout en les formant aux fondements scientifiques des pouvoirs réparateurs de la nature.

Depuis, les équipes des deux établissements organisent grâce à ces espaces des séances de « jardinage thérapeutique » ou « hortithérapie », sur prescription médicale. Pari tenu.

 

 L’hortithérapie, comment ça marche ?

 

Concevoir voir pour éveiller les sens, restaurer la vitalité et stimuler les émotions positives grâce aux éléments naturels. C’est tout l’enjeu des aménagements paysagers des jardins thérapeutiques. Variations des strates arborées, arbustives ou herbacées, diversité des couleurs et des espèces plantées, aménagements pour attirer la faune sauvage, plantation d’espèces mellifères pour attirer pollinisateurs et papillons, présence de l’eau… autant d’éléments sur lesquels les hortithérapeutes vont s’appuyer pour éveiller le corps, stimuler la curiosité et stabiliser la concentration des patients souffrant de troubles psychiatriques. L’idée est de concevoir des jardins favorisant des stimuli émotionnels positifs tout en permettant de s’y sentir protégé et en sécurité.

 

S'ouvrir à la relation 

 

D’après l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) : "l’hortithérapie consiste à utiliser les plantes et le végétal comme médiation thérapeutique sous la direction d’un professionnel formé à cette pratique pour atteindre des objectifs précis adaptés aux besoins du participant". S’appuyant sur des fondements scientifiques liés à la psychologie de l’environnement et notamment les mécanismes neurologiques mobilisés par le contact avec la nature, l’hortithérapie permet à des personnes atteintes de troubles psychiques de reprendre pied avec la réalité et de s’ouvrir à la relation. Elle permet aussi de s’évader du quotidien de la maladie, d’améliorer ou de retrouver des compétences physiques ou cognitives comme la coordination motrice et l’équilibre, la mémoire ou encore la sociabilisation.

A travers des séances où ils sont amenés à prendre soin des plantes, à les observer, à semer, à récolter ou même simplement à contempler, les patients atténuent progressivement leurs souffrances intérieures en se ressourcent dans la relation aux éléments vivants. Ces expériences, chargées d’émotions positives, permettent aux patients de réapprendre à prendre soin d’eux-mêmes.

Quand aux soignants qui participent à ces séances, les mêmes effets les ressourcent et disposent à l’accueil et au "prendre soin".

Hortense Serret
Pas encore de compte ? Inscrivez-vous maintenant !

Connectez-vous à votre compte