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Alimentation de proximité et durabilité des systèmes alimentaires


De mai 2018 à fin 2019, l’Inra devenu depuis INRAE, a coordonné une étude nationale pour mieux cerner les contours de la reterritorialisation de l'alimentation, identifier ses grandes tendances et évaluer ses contributions, et limites, du point de vue de la durabilité environnementale, économique et sociale, au-delà de l’objectif de sécurité l’alimentaire. 200 personnes ont été interrogées pour tirer des premiers résultats.

 

 

Aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale vit en ville, l’urbanisation est galopante en Afrique et en Asie. Transformation, conservation, stockage ou encore consommation, les modes évoluent, les marchés changent. Les lieux de production se spécialisent.

En 2010, le recensement agricole faisait état de 20 % d’exploitations agricoles en circuits courts, soit environ 100 00 agriculteurs, auxquelles correspondaient 10% de la consommation alimentaire totale. Depuis, les circuits courts touchent un Français sur deux et 76 % des consommateurs disent acheter au moins une fois par mois des produits locaux. Ce travail de recensement se poursuit dans le cadre d’un Observatoire national participatif en collaboration avec le Réseau mixte technologique,  RMT Alimentation locale.

 

Reterritorialiser l'alimentation

 

Aujourd’hui, plusieurs initiatives concourent à reterritorialiser l’alimentation. Au nombre de 60, elles recouvrent les identifiants locaux, par exemple les marques territoriales, AOP ou IGP. Mais aussi les chaines alimentaires courtes de proximité à destination du consommateur avec par exemple les agriculteurs en vente directe, les magasins de producteurs. L'agriculture et l’élevage urbains prennent leur part dans le paysage avec aussi le développement des politiques alimentaires locales et les dispositifs de gouvernance ( PAT, stratégies alimentaires locales…)...

 

Le e-commerce participe à ce mouvement de fond

 

Le e-commerce, fourmillant et complexe, participe à ce nouveau paysage. Aux drive fermiers (1 000), s’ajoutent les points Locavor (200), les ruches (800), les casiers connectés (350) ou encore les compte sur Open Food France (2080) ou Cagette.net (2 000). De nouvelles places de marchés de proximité sont apparues, portées par des entreprises de commerce électronique.

Mise en valeur des produits locaux dans les enseignes de la grande distribution, développement des circuits courts et de proximité, marques territoriales… Depuis de nombreuses années, des initiatives faisant le lien entre l’alimentation et le territoire  voient le jour, en France comme à l’international. Portée par une multitude d’acteurs - agriculteurs, entrepreneurs, acteurs publics, acteurs associatifs, consommateurs, citoyens … - cette reterritorialisation de l’alimentation bénéficie également du soutien des collectivités, depuis la mise en place des Projets alimentaires territoriaux (PAT) inscrits dans la loi d’avenir agricole (2014) en particulier.

Mais plus que les distances parcourues, ce sont les modes de transport et les modes de production qui affectent le bilan carbone de la production à la consommation, pouvant amener à préférer l’agneau néo-zélandais produit de manière extensive et transporté par bateau à l’agneau français – même si des études sont venues depuis nuancer ce résultat.

Que dire du risque de voir augmenter le prix des terres agricoles en zones urbaines ? A supposer d’abord que les surfaces nécessaires à l’approvisionnement des villes soient disponibles pour une alimentation de qualité et de quantité suffisante…

 

Limites et points de vigilance

 

Du point de vue social, la reterritorialisation est d’abord source de lien social, elle permet aux agriculteurs de rompre avec l’isolement. Pour eux comme pour les consommateurs, c’est une façon d’exister, portée par la fierté de vendre sa production ou de consommer les produits de chez soi, la valorisation des bonnes pratiques et le partage des connaissances et d’un savoir-faire …

Il faut veiller toutefois à ne pas créer de nouvelles inégalités en construisant un système potentiellement réservé à une certaine élite, en écartant des territoires ou en n’associant pas les foyers en précarité alimentaire, soit 11 millions de personnes qui n’ont pas accès à une alimentation bonne pour la santé pour raisons économiques.

L’enjeu économique est également très important. Les représentants des acteurs agricoles reconnaissent la valeur ajoutée de l’alimentation en territoire avec la possibilité de percevoir un revenu régulier voire planifiable, même si les modèles économiques sont fragiles ou encore à définir, notamment autour des plateformes ou des légumeries.

 

 

Du champ à l’assiette, la diversité des initiatives contribue à diversifier les pratiques agricoles sur fond de préoccupations environnementales, qu’il s’agisse de limiter l’usage des intrants chimiques, de préserver l’eau, de réduire les déchets ou bien encore d’implanter la nature en ville.

A la quête d’une valeur ajoutée, s’ajoute la recherche de la qualité nutritionnelle même si le risque peut être alors de réduire la consommation de fruits et légumes dans des régions qui en produisent naturellement peu...

Aujourd’hui la reterritorialisation de l’alimentation est un mouvement de fond, destiné, pour la plupart des personnes interrogées lors de l’étude (près de 200), à progresser.

De nombreux éléments restent à affiner voire à définir : indicateurs de durabilité, modèles économiques, gouvernance, règlementations… tandis que doivent se reconnecter les différentes dimensions, s’établir des relations renouvelées entre acteurs et territoires et que de nouvelles questions se posent à la recherche dans un contexte de changements globaux.

 

 

Considérons l’Ile-de-France

Pour nourrir 12 millions d’habitants… quelque 3,6 millions d’hectares seraient nécessaires soit environ six fois la surface agricole utile francilienne actuelle (569 000 ha en 2018, source Agreste) ;

Il conviendrait d’approvisionner quotidiennement environ 24 000 tonnes de produits alimentaires, loin des arrivages du marché de Rungis (1 726 146 tonnes en 2017, source MIN de Rungis) ;

Trois repas qualitativement et quantitativement équilibrés devraient être concoctés chaque jour sachant que si la liste des spécialités franciliennes est alléchante, niflette de Provins, cresson de Méréville, brie de Fontainebleau et cerises de Montmorency n’y suffiraient pas.

 

Alimentation et territoires en chiffres

2 500 Amap dans 2 000 communes ;

110 jardins de Cocagne soit 25 00 consom’acteurs, 750 000 paniers, 400 magasins de producteurs ;

10 683 marchés alimentaires dont 9 588 marchés de plein vent (hors halles) 
environ18 % des communes de France ont un marché alimentaire ;

690 marchés de producteurs dont environ 25 % situés dans une commune rurale ou une petite ville (- de 20 000 habitants)
1800 microbrasserie…

 

Le saviez-vous ?

C’est dans le Croissant fertile, au début du Néolithique que l’homme se sédentarise et qu’apparaissent des villages et les premières villes.
L’agriculture se développe à leur périphérie. Les terres y sont fertiles, la demande est importante (Il faut entre 120 000 et 200 000 km² pour nourrir 1 000 habitants contre 3,3 km² aujourd’hui), les transports sont limités.
 
Source INRAE, 2018-2019

 

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