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Les circuits courts à l'épreuve de la crise

 

Avec la pandémie liée au coronavirus, la vente directe de produits frais par les agriculteurs, et les circuits courts n’ont jamais eu autant de succès. En parallèle, se sont développées ou amplifiées les ventes via les plateformes, associant ou non la partie logistique. Déjà plébiscité par le consommateur, ce système de production est amené à se développer.

Le 14 mars 2020, le premier ministre Edouard Philippe annonçait la fermeture des restaurants, en même temps que les commerces non alimentaires, afin d’éviter la propagation du virus Covid-19. Le rideau se tire pour de nombreuses activités. Malgré une interdiction de la tenue des marchés, France Urbaine révèle, dans un communiqué du 9 avril que 2 500 marchés ont pu finalement rouvrir, avec des accords préfectoraux.

Cette situation totalement nouvelle et inédite a entraîné une reconfiguration des systèmes alimentaires locaux, au moins pendant les semaines de confinement, ainsi qu’un développement des chaînes de solidarité. 

 

Basculer sa clientèle

 

 Guillaume Pellet, l'un des deux gérants de Nutreets, producteur de plantes et poissons en aquaponie, installé sur 2000 m2 à la Chapelle-Basse-Mer, à proximité de Nantes a très vite rebondi, en élargissant sa gamme et en l’ouvrant aux particuliers. "Notre société alimente en priorité les restaurateurs (une dizaine sur la région nantaise, ndlr). Nous avons très vite transféré notre production vers les particuliers, avec une réorganisation complète.

"Nous effectuons les livraisons dans un rayon de 20 km autour de Nantes", explique le gérant, interrogé le 4 avril 2020. "Les deux-tiers proviennent de notre propre production et nous complétons avec des produits achetés sur le MIN de Nantes, mais tout en bio". Comme la société possède une capacité de production de 8 tonnes de végétaux par mois et 3 tonnes de poissons par an, elle pourra poursuivre ses livraisons aux particuliers, une fois la crise derrière elle.

"Les consommateurs ne vont pas nous lâcher", indique Guillaume Pellet, confiant,  "En ce moment ( début avril, ndlr), nous avons 48 références et la demande ne cesse d’augmenter. "Le panier moyen se situe entre 35 et 40 €, avec des herbes, des salades, des agrumes, et deux truites". "Dès le mois de juin, nous proposerons des produits transformés et élargirons notre gamme ". Si Nutreets s’est adapté, d’autres producteurs ont dû répondre très vite à des commandes en explosion et s’organiser en conséquence. Jean Marie Lenfant, président du réseau Bienvenue à la ferme confirme que "les agriculteurs qui proposaient déjà la vente à la ferme sont extrêmement sollicités et ont du mal à faire face à la demande". Lui-même, céréalier-meunier se montre satisfait de pouvoir vendre en circuit court ses farines, qu’il ne peut plus écouler sur les marchés de la restauration collective et hors-domicile, pendant la crise sanitaire.

 

Se regrouper

 

De son côté, Macadam Gardens, installé en maraîchage bio, à 20 km de Toulouse depuis 2016, a dû élargir sa gamme, en rachetant des produits aux agriculteurs voisins. "Entre le 15 mars et début avril, notre clientèle a été multipliée par quatre"  explique Alexandre Belin l’un des deux gérants. Et la demande s’est diversifiée. "Outre des fruits et légumes, nous proposons du pain, des œufs et aussi des boissons ". La clientèle, issue de leur commune vient récupérer les réservations à la ferme. "Nous n’étions pas équipés pour les livraisons". Alexandre retrouvera son activié de production de plants et de développement et entretien des potagers d’agriculture urbaine, installés à Toulouse, une fois la crise passée.

  

Le Réseau Cocagne se mobilise

 

Graines de Soleil, adhérents du Réseau Cocagne, en région de Marseille a entamé des livraisons avec ses salariés dans le cadre du programme "100 000 paniers solidaires", porté par le réseau. "Parce que nous croyons que l’entraide et la solidarité font partie des valeurs humaines qui permettront à notre société de se sortir de cette crise, et pourquoi pas en ayant renforcé les liens entre ses citoyens ? "Nous proposons trois types de paniers maraichers, allant de 8,50 € à 17,80 €. Dans ce contexte particulier, les modalités de distribution changent. Elle s’effectue directement sur l’exploitation de Châteauneuf les Martigues", annonce Jonathan Monsérat, le directeur. Théo, membre de l’équipe va effectuer la livraison, une fois par semaine, sur deux points de rencontre, à Marseille.

 

 

Les plateformes séduisent les producteurs

 

Nombre de producteurs confrontés à la fermeture de plusieurs débouchés (restauration hors domicile et collective, marchés) ont expérimenté alors aussi ces canaux, en lançant des drives et en s'inscrivant sur les plateformes. "Tous les jours, de nouveaux drives naissent, et nous venons de recevoir une trentaine de demandes d'accompagnement pour ouvrir des drives collectifs", note Jean-Marie Lenfant. Les "drives fermiers", où l'on retire des paniers préalablement commandés sur internet, ont vraiment le vent en poupe.

"Les plateformes en ligne qui répertorient ces drives et facilitent leurs contacts avec les consommateurs se multiplient. "Chez nos producteurs, les commandes ont été multipliées par quatre" annonce-t-on chez de Cagette.net. Même écho du côté de Marchedici.fr la plateforme qui permet aux agriculteurs et artisans d’ouvrir gratuitement leur boutique en ligne, avec une transparence du ticket de caisse.

 

Se professionnaliser

 

"La vente directe est un métier très professionnalisé et réglementé", observe Jean-Marie Lenfant, évoquant entre autres la nécessité d'assurances spécifiques... Si les Chambres d'agriculture peuvent accompagner les agriculteurs, cela demande du temps. Sans compter que certains regroupements de consommateurs et producteurs, fondés sur des engagements de long terme, ne peuvent intégrer de nouveaux membres du jour au lendemain. C'est le cas des Amap, pionnières depuis 2000 des circuits courts. Seuls les producteurs qui en faisaient déjà partie ont ainsi pu bénéficier d'adaptations des contrats à la hausse de la demande.

 

Un modèle plus agile

 

"Cela prouve la plus grande résilience d’une approche multicanale, qui permet de segmenter les revenus", souligne Jean-Marie Lenfant. "La multicanalité est fondamentale pour la résilience des fermes", convient le président de la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab). Un modèle particulièrement pratiqué par les exploitations bio, souligne-t-il : "Elles vendent à la ferme, sur les marchés, à la grande distribution locale, à celle spécialisée : c'est rare qu'elles mettent tous leurs œufs dans un même panier". Les fermes qui recourent à la vente directe sont souvent plutôt petites : elles sont donc plus agiles, et ont moins été affectées par le manque brutal de main d'œuvre", ajoute le président de la Fnab.

 

Un nouveau lien entre campagnes et villes

 

Beaucoup estiment que le succès des circuits courts en période de crise aura des effets de long terme. "Le mouvement croît déjà depuis dix ans", souligne Eliane Anglaret, présidente de l'association Nature et Progrès. Même si le pouvoir d'achat des consommateurs est affecté par la crise, ils pourraient choisir de remettre l'alimentation au centre de leurs besoins. C’est aussi pour eux l'opportunité de constater la meilleure qualité des produits en circuits courts", conclut-elle. 

 

 

Claire Nioncel
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