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Évaluer la rentabilité économique des fermes urbaines

 

La question de la viabilité économique des fermes urbaines revient fréquemment au cœur des débats du développement actuel des exploitations agricoles urbaines. Notamment, quels critères permettraient d’évaluer la rentabilité d’entreprises ayant des modèles économiques très diversifiés? Dans le rapport Economic Viability of Urban Agriculture in Boston, Massachussetts publié en 2015, Rachel Corey et ses collègues du Northeastern University’s School of Public Policy and Urban Affairs définissent justement plusieurs critères de viabilité des fermes urbaines. Analyse par le CRETAU.

 

Dans cette recherche, les auteurs s’intéressent aux modèles économiques et organisationnels soutenant une agriculture urbaine commerciale durable. L’évaluation monétaire des impacts sociaux des fermes urbaines de Boston est abordée ainsi que la manière dont les divers niveaux de gouvernement peuvent soutenir ces activités. Pour ce faire, plusieurs cas concrets sont présentés afin d’illustrer comment les choix de certaines entreprises d’agriculture urbaine influencent leur viabilité.

 

Les critères de rentabilité

 

En s’intéressant aux critères de rentabilité, les chercheurs qui ont mené cette étude ont centré leur attention sur la structure légale [1], les ressources financières nécessaires au démarrage et la gestion des activités tels que les coûts d’opération, les types de cultures et les moyens de distribution.

En regard des investissements nécessaires au démarrage, en se basant sur des données recueillies auprès de 2 fermes, ils s’élèveraient à environ 226 000$US par acre. Les salaires et frais d’expertises, l’accès à l’eau et la préparation du sol étant les dépenses les plus élevées. D’autres coûts techniques peuvent entrer en ligne de compte, mais cette étude s’est intéressée uniquement aux terrains publics – les cultures intérieures et sur toit ne font donc pas partie de l’analyse[2]. Recueillir des données auprès d’un nombre plus important de fermes urbaines, dans des contextes variés, permettrait de confirmer ou d’infirmer cette estimation du capital financier nécessaire au démarrage.

La viabilité financière repose, entre autres, sur la sélection de cultures ayant une forte productivité et une haute valeur commerciale. La planification intensive des lots est aussi essentielle pour atteindre une rentabilité et un retour sur les investissements.

Par exemple, les chercheurs ont estimé qu’une production d’ail et de verdures sur un terrain de trois acres permettrait un retour sur investissement et une rentabilité dans une période de six ans tandis qu’une production d’ail sur un acre n’atteindrait cette viabilité qu’après neuf ans[3]. On voit ici que la diversité des cultures ayant un haut rendement et une forte valeur commerciale engendre plus rapidement une viabilité financière théorique. Enfin, l’optimisation de l’espace de culture et des pratiques culturales sont cruciales.

Les moyens de distribution et de commercialisation[4] des cultures ont, eux aussi, une incidence notable sur la viabilité des fermes urbaines. Selon la revue de littérature effectuée par les auteurs, la vente directe aux restaurateurs semble l’option la plus viable financièrement pour de petits producteurs urbains puisque de nombreux restaurateurs sont disposés à payer des prix plus élevés pour des produits frais et locaux et que la production peut être adaptée à leur demande.

 

L’évaluation monétaire des impacts sociaux


En plus de s’interroger sur les critères de rentabilité des entreprises d’agriculture urbaine, Rachel Corey et ses collègues se sont penchés sur la manière d’évaluer monétairement les impacts de ces activités d’agriculture urbaine sur la communauté. À cet égard, ils proposent d’évaluer ces impacts positifs et négatifs à trois niveaux. Le premier niveau correspond à une évaluation sur la ferme pour recueillir des données telles que la capacité de production, le nombre d’emplois créés, le revenu de vente et les autres services offerts. Le deuxième niveau vise à sonder la communauté pour évaluer notamment la participation, les impacts sur la santé et les habitudes de vie. Enfin, le troisième niveau cherche à recueillir des informations, par l’intermédiaire de professionnels, sur des fermes à l’échelle de la ville afin d’évaluer les impacts plus larges de ces entreprises à l’échelle régionale. Ces trois niveaux permettraient, selon les auteurs, de mieux quantifier les impacts des fermes urbaines sur la ville et ses citoyens.

 

Les soutiens potentiels

 

Selon l’étude des auteurs, le soutien offert aux fermes urbaines se matérialise de diverses façons. Par le biais des règlements de zonage, une municipalité peut encourager la culture sur les terrains privés et publics[5]. En outre, l’incorporation de l’agriculture urbaine au sein des plans d’aménagements rend compte d’un engagement de la part des pouvoirs municipaux envers le développement de cette activité en fonction des orientations de développement des différentes zones urbaines[6]. Enfin, les auteurs de ce rapport suggèrent la création de Community Land Trust – Fiducie foncière solidaire ou Organisation foncière solidaire en fonction des pays – afin d’allouer des terrains pour l’habitation, mais aussi l’agriculture urbaine.

Ensuite, la réduction de taxes, pour les fermiers ou les propriétaires de terrains, pour favoriser l’installation de fermes urbaines sur des terrains publics ou privés est une autre option suggérée dans ce rapport. Quant au soutien financier direct, il peut provenir de diverses sources – financement pour accroître l’accès alimentaire ou verdir les villes, financement aux petites entreprises, etc. Par exemple, les subventions aux agriculteurs sont fréquemment destinées aux grandes productions, mais de plus en plus de ministères aux États-Unis comme ici revoient leurs programmes pour l’ouvrir aux petits producteurs urbains. Un point commun à plusieurs villes à travers le monde est la difficulté de trouver les informations nécessaires (sources de financements, terrains accessibles, permis nécessaires, etc.) pour le démarrage et la pérennité de ces entreprises. Ainsi, rendre ces informations facilement accessibles et intelligibles serait un bon point de départ pour soutenir le développement de fermes urbaines.

Pour conclure, la rentabilité des fermes urbaines doit faire davantage l’objet d’attention de la part des chercheurs afin de cibler les critères pertinents en fonction des divers modèles de fermes (ici uniquement les fermes en sol sur des terrains publics ont été examinées) ainsi que de la part des pouvoirs publics pour mettre sur pieds diverses formes de soutien adaptés et de bien communiquer celles-ci à ces entreprises.

C’est l’une des missions du Carrefour de recherche, d’expertise et de transfert en agriculture urbaine du Québec (CRETAU).

 

Source
Corey, R., Riley, K., Rivera, M.-F. et Sullivan, D. (2015) Economic Viability of Urban Agriculture in Boston, Massachusetts. Trust for Public Land et Northeastern University.

Notes

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