Agri-city.info : le média des agricultures urbaines

Le maraîchage reprend racine dans la métropole toulousaine

 

L’accès au foncier est une problématique phare du département de Haute-Garonne, et encore plus dans les zones périurbaines. Dans ce contexte, la commune de Blagnac (métropole de Toulouse) a œuvré pour que la Plaine des Quinze Sols maintienne une vocation agricole, en limitant au maximum la déprise rurale et l’artificialisation des terres. Article avec la revue Travaux&innovations*

 

 

La plaine dite « Quinze Sols » s’étend sur 250 ha dont 135 cultivables (30 % en grandes cultures et 50 % en maraîchage, le reste étant des friches et bois). Le nom des « Quinze Sols » provient de l’après Révolution Française : on pouvait y acheter un petit terrain agricole bon marché (15 sols) dans un souci de redistribution des terres. Ces champs étaient alors considérés comme assez fertiles, car situés en bordure de la Garonne. Pourtant, ils ont été peu à peu abandonnés par les maraîchers pour cause d’absence de reprise et des contraintes liées au classement « inondable » de la zone qui limite la construction d’abris serre et interdit la construction de hangars agricoles.

 

80 % de la production vendue au MIN de Toulouse

 

En 2018, sept maraîchers étaient encore en activité (mais proches de la retraite sans projet de reprise pour la plupart) pour 66 ha et 2 céréaliculteurs étaient présents pour 22 ha.

Ces exploitations, pour la plupart du maraîchage de plein champ, livrent 80 % de leur production sur le MIN de Toulouse (Marché d’Intérêt National), sauf une exploitation biologique de réinsertion (Arche en pays Toulousain) qui a développé la commercialisation en vente directe, en particulier sur Blagnac (marchés, cantines collectives...).

Laurence Espagnacq, chargée de mission maraîchage horticulture à la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne, témoigne : « C’était une zone agricole, d’abord céréalière qui est devenue maraîchère avec des producteurs en conventionnel qui cultivaient majoritairement des légumes de plein champ et commercialisaient via le MIN. La zone est ensuite devenue très urbaine, et il est resté un îlot vert au milieu de cette urbanisation. Cette zone possède de nombreux avantages pour le maraîchage : proximité du bassin de consommation de Toulouse, qualités pédologiques des sols très intéressantes pour les légumes avec des sols drainants, mise à disposition de terrains à moindre coût par la mairie de Blagnac…

En revanche, des inconvénients sont également présents, avec une agglomération proche et donc beaucoup de circulation. Il y a aussi des problèmes techniques à résoudre comme le système d’irrigation qui a été pensé pour des cultures de plein champ. En effet, le réseau d’eau est ouvert uniquement d’avril à septembre et les débits sont trop importants pour du maraîchage sous serres. Il y a aussi le problème de la non-disponibilité de hangars ou autres pour stocker le matériel. Enfin, comme c’est une aire protégée, on n’a pas le droit d’y construire sa maison d’habitation, ce qui peut être un frein pour les porteurs de projets souhaitant vivre à proximité de leur exploitation. Les contraintes sont donc assez fortes et sont bien spécifiées aux porteurs de projets. »

Un projet porté par la ville de Blagnac et la métropole toulousaine

 

Avec une demande de plus en plus importante en produits locaux et/ou bio et en parallèle, une pression démographique et foncière très forte, il a paru nécessaire à la ville de Blagnac et au Conseil départemental d’étudier une possible requalification de ces terres.

Pour cela, le territoire a commandé dès 2012 une étude réalisée par le Service Aménagement de la Chambre d’agriculture. Les préconisations servaient à maintenir et développer la zone maraîchère puisqu’il ne restait que sept  maraîchers. Laurence Espagnacq revient sur ces préconisations : « Pour installer des maraîchers, il est nécessaire que les parcelles soient réorganisées et assemblées. De plus, il faut que les porteurs de projets trouvent des hangars agricoles proches de la zone en attendant l’aboutissement de la réflexion de construction de hangars collectifs par la mairie dès que les parcelles constructibles seront acquises. Il faut aussi adapter la ressource en eau à la micro-irrigation, ce qui nécessite du temps et des investissements. Nous avons aussi abordé le maintien ou la revalorisation du bâti existant car certaines parcelles comportent des petites constructions en pierres de la Garonne qui peuvent servir à entreposer du petit matériel pour les maraîchers. »

 

Des terres en maraîchage bio

 

En 2014, le Conseil départemental a commandé à Solagro une étude de requalification des terres en maraîchage biologique. Ce projet de recherche-action a été mené de 2015 à 2019, avec comme partenaires, l’association d’agriculture biologique ERABLES 31, l’Inra avec l’UMR AGIR (Unité mixte de recherche Agro-écologie Innovations et TeRritoires), le CNRS avec le CERTOP (Centre d’études et de recherches travail organisation pouvoir), la ville de Blagnac, Toulouse Métropole. L’objectif était d’analyser les conditions de réussite d’une requalification concertée et collective d’un espace unique. Les finalités étaient : l’installation d’une nouvelle génération de maraîchers, l’évolution des pratiques (vers le bio), la diversification des productions, la recherche de débouchés en circuits courts, la mutualisation de moyens, l’ouverture du site au public…

 

Ce projet a permis de préciser plusieurs préconisations :

- le classement du secteur en zone agricole protégée (ZAP),
- le diagnostic de réorganisation foncière avec un potentiel d’accueil pour 10 à 15 producteurs,
- la plantation d’un verger,
- l’organisation de formations et l’installation de deux maraîchers en bio,
- la signature d’une convention entre le marché d’intérêt national de Toulouse et la régie alimentaire de Blagnac (qui a sa propre légumerie) pour valoriser les productions en circuits courts…

 

Une négociation foncière en cours

 

Le Conseil départemental a décidé dans le cadre du PLU (Plan local d’urbanisme) de procéder à une réorganisation foncière en appuyant les échanges de terres et le rachat des terres par la ville de Blagnac quand cela est possible. Le foncier est ainsi réorganisé pour proposer aux candidats des parcelles suffisamment grandes, car le site appartient à une multitude de petits propriétaires.

Aujourd’hui, dès qu’une parcelle se libère, la ville se positionne pour la racheter avec comme objectif d’installer de jeunes maraîchers. Elle prête ainsi la terre pendant trois à cinq ans aux nouveaux venus, dans le cadre d’un commodat, jusqu’à ce qu’ils puissent l’acheter. 

Laurence Espagnacq complète : « La réorganisation des terres a pris du retard et n’a pu commencer qu’en 2019. Mais le projet de zone agricole protégée est de nouveau d’actualité, ce qui est de bon augure quant à la vocation de ces terres vers l’agriculture. »

Concernant l’irrigation, la mairie a également adhéré au réseau d’adduction d’eau (pompée dans la Garonne) géré par des agriculteurs céréaliers et a investi dans un système de réduction du débit, pour que les producteurs puissent arroser leurs cultures en micro-irrigation.

Et s’est rapprochée du MIN pour la commercialisation des maraîchers. Le MIN soutient l’activité des producteurs puisqu’ils peuvent venir vendre sur son carreau en leur offrant la première année de loyer. Il ne leur reste que les charges à payer.

 

Trois candidats en cours d’installation

 

Le pari est aujourd’hui réussi, puisque déjà 3 nouveaux producteurs sont en cours d’installation sur la plaine de Blagnac en 2019. Quentin Fauvre (cf. encadré) a ainsi bénéficié du suivi à l’installation de la Chambre d’agriculture. Nicolas Planès, conseiller installation à la Chambre départementale témoigne « Quentin a commencé à développer son projet d’installation. Il a eu l’opportunité de s’installer sur des parcelles avec un puits à disposition et un maraîcher conventionnel voisin lui donne accès à son local pour entreposer du matériel.

Concernant l’appui de la Chambre d’agriculture sur l’installation, Quentin a été informé de la possibilité d’avoir des terres sur Blagnac par la communauté de communes qui l’a orienté vers le Point Accueil Installation, qui l’a orienté vers moi. J’ai étudié si le projet était économiquement viable et nous avons travaillé ensemble avec Laurence et Quentin, pour analyser si le projet était techniquement possible. Ce qui a été le cas. Avant tout, quand des porteurs de projet sont intéressés pour s’installer en maraîchage sur la commune de Blagnac ou dans la couronne de Toulouse, nous les mettons en lien avec l’espace test de la communauté de communes des Hauts Tolosans à Ondes. Cet espace-test est intéressant pour les porteurs de projet qui peuvent se tester sur deux ans. »

 

Un projet qui demande du temps

 

Et Laurence de conclure : « L’appui de la collectivité est précieux. Malgré tout, des difficultés demeurent liées à la temporalité qui est différente pour la collectivité territoriale et les porteurs de projet. L’achat des terres se fait mais parfois un peu trop lentement au regard des besoins des porteurs de projet. Par exemple, nous souhaitions mettre à disposition un

La Plaine des Quinze sols est une des dernières zones maraîchères de l’agglomération toulousaine. Depuis plusieurs années, de plus en plus de maraichers arrêtent leur activité, soumis à l’absence de reprise familiale. Face à ce constat, la ville de Blagnac et le Conseil départemental de Haute-Garonne ont lancé un grand projet de requalification des terres.

 Elsa Ebrad

 

Quentin Fauvre est en cours d'installation

Après avoir suivi une formation au maraîchage, Quentin Fauvre, ex-ingénieur thermique dans le bâtiment, est en cours d’installation depuis février 2019 sur 2,5 ha sur la Plaine des Quinze Sols. Il y récolte déjà salades, tomates, potimarrons et patates douces bio, qu’il livre aux magasins spécialisés de la commune.
« En 2018, après avoir travaillé 6 ans comme ingénieur en thermique des bâtiments, j’ai entrepris une reconversion dans l’agriculture. J’ai obtenu alors un diplôme agricole à la suite de 9 mois de formation en maraîchage biologique. En 2019, j’ai déposé ma candidature auprès de la mairie de Blagnac qui cherchait de nouveaux maraîchers. Elle m’a proposé 2,5 ha de terres agricoles sur la Plaine des Quinze-Sols. J’ai alors planté mes premiers légumes ! Aujourd’hui, je suis paysan maraîcher, cotisant de solidarité. Je pratique une agriculture qui respecte le sol et nos ressources tout en produisant de bons légumes. »

Pour en savoir plus

 Travaux&innovations : la revue des agents du développement agricole et rural, éditée par Trame

 

 

Pas encore de compte ? Inscrivez-vous maintenant !

Connectez-vous à votre compte