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En Corée, l'agriculture urbaine freinée par le manque d'espace

Thierry Joly

L’agriculture urbaine connaît un grand succès en Corée où associations et autorités dispensent des formations aux habitants intéressés. Malheureusement le manque de lieux où la pratiquer commence à freiner son développement.

Depuis 2011, le nombre de sites dédiés à l’agriculture urbaine a été multiplié par six à Séoul tandis que la surface y étant consacrée est passée de 29 ha à 182 ha. Même tendance haussière à Incheon et dans la province de Gyeonggi, qui entoure la capitale coréenne, où 552 000 personnes s’adonnent à cette activité sur environ 350 ha, soit des hausses de 83,8 % et 27,2 % sur les trois dernières années.

 

 


Au niveau national, le ministère de l’Agriculture estimait l’an dernier que 2 millions de personnes pratiquaient l’agriculture urbaine en 2017 sur une surface de 1 100 ha. Des chiffres à relativiser car le milieu scolaire compte pour un tiers des participants et 1/10e des surfaces.
L’essor a débuté il y a une douzaine d’années à l’initiative d’associations soucieuses de développement durable et de protection de l’environnement. « Pour mieux manger, recréer du lien social et une vie communautaire», déclare Chungki Kim, directeur de l’Incheon Urban Agriculture Network qui propose formations, rencontres avec des agriculteurs bios et jardins partagés. Un mouvement ensuite relayé par les politiques qui y ont d’abord vu un moyen de réhabiliter, revitaliser l’économie de certains quartiers, puis aujourd’hui de lutter contre la pollution et d’améliorer la qualité ainsi que le cadre de vie de leurs administrés.

 


Cependant, ce développement est inégal et lié à aux investissements consentis. La grande majorité de la trentaine de millions d’€ injecté chaque année dans l’agriculture urbaine l’est par les régions leaders, Séoul, Incheon et le Gyeonggi. Dont un tiers pour la seule capitale qui subventionne formations et installations d’équipement. 80 000 € ont par exemple été investit dans le quartier d’Haengchon pour aménager ruches, petits jardins, serres et prototype de ferme verticale.

 

Manque de terrain

 

 

Si il encourage le mouvement, le ministère de l’Agriculture n’y consacre que 100 000 € par an réservés à l’information et à la formation pour ne pas froisser les agriculteurs.


Mais la progression s’essouffle. Non pas à cause d’un manque de vocations, bien au contraire, car l’agriculture urbaine est devenu un hobby à la mode et la population a plus de temps libre suite à une récente réduction du temps de travail. Le problème réside dans le manque de terrains. A Séoul, la superficie cultivée n’a ainsi augmenté que de 20 ha depuis 2016 en dépit de l’engouement.

"Selon les sites nous avons 10 à 15 fois plus de demandes que de lopins de terre à offrir », déclare un responsable du district de Gwangjin où ils sont attribués par tirage au sort. Et encore est-ce l’un des deux districts ayant le plus de terrains disponibles car il est situé en limite de la ville et pas encore complètement urbanisé. L’autre est Gangdong qui a pu créer 39 jardins partagés d’une superficie totale de plus de 15 ha gérés par la mairie, des coopératives ou des associations, certains étant réservés aux handicapés, aux seniors, aux familles nombreuses ou à des cultures particulières telles plantes aromatiques ou médicinales.

Au total, 7 000 familles y exploitent un lopin de terre de 12 m2 pour environ 50 € par an. "Hormis dans un, où c’est gratuit, en échange de quoi elles doivent donner 50% de leur récolte aux pauvres", précise Jinchul Kim, en charge du dossier à la mairie.

 

 

Espaces dédiés amménagés

 

Mais dans les centres villes les lieux où pratiquer l’agriculture urbaine sont bien plus rares. Il s’agit essentiellement d’espaces dédiés aménagés dans des parcs publics, des centres pour retraités et des écoles. Très médiatisées, les cultures sur le toit d’immeubles ne progressent pas aussi vite que prévu et ne représentent qu’une surface infime. 0,8% du total dans le Gyeonggi.

" Les gens s’inquiètent des responsabilités en cas d’accident ou d’infiltrations d’eau" souligne Nahee Kim, présidente de l’association Pajeori.


Une loi obligeant les promoteurs à créer un espace vert au sol ou sur les toits pour toute construction d’immeuble a bien vu le jour, mais elle n’a que des effets modérés. "Certains résidents trouvent qu’un potager n’est pas esthétique en hiver, craignent les odeurs et les architectes gagnent plus d’argent en créant un jardin paysager".

 

Grande instabilité

 

Les associations sont donc en perpétuelle quête de terrains vacants à louer pour créer des jardins partagés. Tel l’Incheon Urban Agriculture Network qui en gère quatre, de 660 à 3 300 m2 pour une superficie totale voisine de 7 000 m2. Si l’un est depuis toujours au même endroit, les autres ont changé de lieu, leurs propriétaires ayant repris leur bien. « Cette instabilité est un gros problème et dénicher de nouveaux terrains est difficile » regrette Chungki Kim.


Des villes optent donc aussi pour la création de champignonnières ou de fermes verticales avec culture hydroponique pouvant s’installer en sous sol ou à l’intérieur. Mais cette démarche ne fait pas l’unanimité, surtout dans les associations. « Cela ne correspond pas à nos principes, l’agriculture c’est le soleil, la terre, l’air », insiste Chungki Kim.

Thierry Joly
 

 

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