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Coronavirus : la sécurité alimentaire mondiale mise à l'épreuve

photo Afdi
Perturbations des marchés des denrées agricoles, manque de bras dans les champs, protection déficiente des salariés de l’agroalimentaire face au coronavirus: dans un rare communiqué commun, les dirigeants des trois organisations multilatérales chargées de l’alimentation, de la santé, et du commerce, FAO, OMS et OMC, mettent en garde contre un risque de crise alimentaire mondiale.



"Les incertitudes liées à la disponibilité de nourriture peuvent déclencher une vague de restrictions à l’exportation, provoquant elle-même une pénurie sur le marché mondial", a déclaré, Qu Dongyu, le dirigeant de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans un communiqué commun avec l’Organisation mondiale de la santé et l'Organisation mondiale du commerce, relayé par l’AFP.

 

Crise alimentaire mondiale


Les trois organisations internationales en charge de la nutrition, de la santé et du commerce, ont mis en garde contre les risques d'une crise alimentaire dans le monde avec des turbulences sur le marché des produits agricoles et l'incapacité des travailleurs de ce secteur à bénéficier d'une protection adéquate face à l'émergence du virus Corona.
Dans une rare déclaration commune, les directeurs de ces trois organisations ont averti que dans le cas où certains pays exportateurs de céréales de base conserveraient leurs récoltes par crainte d'une pénurie ou d'une baisse des prix, d'autres pays de l'autre côté de la chaîne alimentaire mondiale pourraient faire face au risque d'une grave pénurie.


D’après les trois dirigeants, il est "important d’assurer les échanges commerciaux, en particulier afin d’éviter des pénuries alimentaires », notamment dans les pays les plus pauvres indique leur texte commun reçu à Paris.
La Russie, premier exportateur mondial de blé, pourrait être visée par cet avertissement après que ses ministres de l'Agriculture et de l'Économie aient défendu ce week-end un projet de limitation des exportations de céréales russes à sept millions de tonnes entre avril et juin, et plusieurs bureaux de médiation ont annoncé à l'AFP Sur le marché européen du blé.
Ce 1er avril, en attendant l'approbation par le gouvernement de cette proposition, la Russie a décidé de vendre un million de tonnes de blé de son propre stock sur le marché local pour freiner la hausse des prix intérieurs, selon le bureau d'AgriTel mercredi matin.

 

Des sujets de préoccupation


Les experts de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estiment que les "restrictions à l'exportation" conduisent parfois à la famine à l'autre bout du monde.
Les trois organisations internationales se sont également déclarées préoccupées par d'autres facteurs menaçant la chaîne alimentaire mondiale.
Elle a notamment noté le "ralentissement des mouvements de travailleurs dans les secteurs agricole et alimentaire", qui entrave de nombreuses récoltes occidentales. La frontière étant fermée en raison du nouveau virus Corona, elle se trouve en même temps dépendante de la main-d'œuvre étrangère, comme les travailleurs des pays d'Amérique latine aux États-Unis et les travailleurs des pays du Maghreb arabe pour récolter les récoltes en Espagne ou les travailleurs agricoles d'Europe de l'Est travaillant dans les champs de l'Allemagne.

 

Poursuivre la coopération internationale


Parmi d'autres facteurs de préoccupation, les organisations ont également indiqué qu'il y avait "un retard aux frontières des conteneurs" des marchandises, ce qui entraîne "le gaspillage de produits périssables et une augmentation des déchets alimentaires". Les organisations ont également souligné la nécessité de "protéger" les employés du secteur de la production alimentaire et ceux qui travaillent dans l'industrie agroalimentaire ainsi que ceux qui travaillent dans la distribution dans le but de "réduire les épidémies de virus dans le secteur" et de "maintenir les chaînes d'approvisionnement alimentaire".


Les responsables des trois organisations ont ajouté: "Lorsqu'il s'agit de protéger la santé et le bien-être des citoyens, les pays doivent veiller à ce que toutes les mesures commerciales ne perturbent pas les chaînes d'approvisionnement alimentaire".
Ils ont souligné que "dans de telles périodes, la coopération internationale devient nécessaire". "Nous devons nous assurer que notre réponse à l'épidémie de Covid-19 n'entraîne pas involontairement une pénurie excessive de produits essentiels et exacerbe la faim et la malnutrition", ont-ils conclu.

 
Réflexion : où est la résilience?

Alors que, ces dernières années, les pays ont fait preuve d'une  forte résilience, en faisant de la sécurité alimentaire et la gestion de l'eau un axe prioritaire de leurs politiques, l'objectif de l'éradication de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition est encore loin d'être atteint durant les crises naturelles, sanitaires, économiques, etc.
Un changement dans les systèmes agricoles et alimentaires est essentiel pour mettre un terme aux inégalités et nourrir correctement la population mondiale, pour faire face à ces crises. L'agriculture doit être plus durable et plus efficace aux niveaux économique, social et environnemental afin d'assurer la sécurité alimentaire, la santé des individus et le développement des pays.
Assurer un niveau minimum de sécurité d'approvisionnement alimentaire est un devoir pour les autorités, qui devraient pouvoir garantir une chaîne résiliente allant du foncier agricole nourricier jusqu'au consommateur. Cela doit nous interroger sur la souveraineté et la sécurité nationales, articulées autour des biens communs, alors que les pouvoirs publics perdent peu à peu la main sur des infrastructures d'intérêt vital comme le foncier agricole ou la gestion de l'eau.
Il est  aujourd'hui plus qu'urgent de s'en préoccuper.
 
Sabrina Debabcha
 

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