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Les chambres d'agriculture proposent un plan de relance basé sur la relocalisation



À la faveur de la crise sanitaire, du choc provoqué par la vision de rayons vides dans les supermarchés et des pertes importantes du secteur agricole, la souveraineté alimentaire est dans l’air du temps : c’est sur cette « prise de conscience générale » que l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) compte rebondir pour « déverrouiller » un certain nombre de dossiers, en faisant de la « relocalisation de l’agriculture » la pierre angulaire d’un plan de relance présenté début juin.

« Rien de révolutionnaire » dans ces propositions, reconnaît le président de l’APCA, Sébastien Windsor; mais le moment est favorable, espère-t-il, pour faire avancer certaines revendications bloquées depuis longtemps, notamment au niveau européen, comme l’autorisation, pour la commande publique, de mentionner, dans les critères des appels d’offre, la proximité – une exception à la règle européenne qui ne concernerait que l’alimentation.

Changements de règles


« Si on ne peut pas faire bouger les lignes sur ce sujet maintenant, on ne le fera jamais », estime Sébastien Windsor. Ce ne sont pas les élus locaux qui le contrediront sur ce point, eux qui s’échinent depuis quelques années à faire entrer les produits locaux dans leurs cantines scolaires, plus encore depuis la loi Egalim, qui, tout en visant à augmenter les revenus des agriculteurs et donc la commande publique de produits locaux, n’a pu que tourner autour du pot en évoquant les « coûts imputés aux externalités environnementales » des produits.

À ce sujet, l’APCA demande également à « étendre », sans donner de chiffres précis, cet objectif de 50 % de produits locaux et de qualité – sans citer les 20 % de bio, qui semble toujours faire polémique au sein des chambres d’agriculture.


Parmi les autres règles européennes que ces dernières aimeraient changer, celles qui permettent d’assurer la stabilité des prix en cas de crise, par exemple en fixant des prix planchers ou en permettant le stockage exceptionnel de certains produits, comme les fromages AOP, qui sont restés sur les bras des producteurs par milliers de tonnes après la fermeture des marchés et restaurants.


À ce sujet, les chambres d’agriculture suggèrent aux collectivités, pour soutenir la filière, de proposer dans leurs cantines ces mêmes fromages, pour « écouler les stocks » ; autre filière en péril, et même « à deux doigts de disparaître », selon Sébastien Windsor, celle des horticulteurs-pépiniéristes, qui ont connu une baisse de chiffre d’affaires de 86 %.


À plus long terme, les chambres d’agriculture souhaitent proposer leur « savoir-faire » aux collectivités pour accompagner des initiatives de relocalisation de la production et de l’alimentation.

« Une fois que les conseils communautaires seront installés en juillet, nous irons faire le tour de toutes les intercommunalités pour leur proposer de développer des projets alimentaires territoriaux (PAT) ; il est important que les collectivités mettent l’alimentation et l’agriculture sur le haut de la pile de leurs dossiers », explique Sébastien Windsor.

 

Producteurs locaux


Dans un grand nombre de communes où les marchés n’avaient pu rouvrir, les maires ont ouvert la voie publique aux producteurs pour qu’ils viennent écouler leur production ; le président de l’APCA les invite à pérenniser l’expérience. « Ce n’est pas compliqué de faire venir les producteurs une fois par semaine sur la place de la mairie », explique-t-il ; de même, le plan évoque la possibilité de « loyers modérés » ou de locaux inusités mis à disposition gracieusement pour y implanter des magasins de producteurs locaux.


En outre, l’APCA cherche à faire entrer un volet agricole dans les contrats de transition écologique (CTE), dont une centaine a été signée depuis 2019 entre le ministère de l’Environnement et 200 intercommunalités.


Pour Sébastien Windsor, il « n’y aura pas une solution unique pour tout le monde », même si un point s’impose partout : celui de la protection du foncier agricole.

Le plan de relance de l’APCA propose le vote d’une loi de sauvegarde de ce dernier, qui l’intègre comme « secteur d’activité d’importance vitale » dans la loi de programmation agricole. Un serpent de mer parlementaire, évoqué par le président de la République en début de mandat, mais resté inabouti depuis.

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